{"id":10,"date":"2013-09-10T14:47:55","date_gmt":"2013-09-10T13:47:55","guid":{"rendered":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/?p=10"},"modified":"2013-12-16T12:36:48","modified_gmt":"2013-12-16T11:36:48","slug":"tout-comme-les-trains-la-presse-deraille-peut-etre-moins-souvent-quelle-ne-roule-correctement-mais-personne-nen-parle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/?p=10","title":{"rendered":"\u00ab Tout comme les trains, la presse d\u00e9raille peut-\u00eatre moins souvent qu&rsquo;elle ne roule correctement, mais personne n&rsquo;en parle \u00bb (Julien Lecomte)"},"content":{"rendered":"<p><strong>Rencontre avec Julien Lecomte, titulaire d\u2019un Master en information et communication, expert aupr\u00e8s du Csem (2012-2013), auteur du livre \u00ab M\u00e9dias : influence, pouvoir et fiabilit\u00e9\u00a0\u00bb et qui traite notamment d&rsquo;\u00e9ducation aux m\u00e9dias <\/strong><\/p>\n<p><em><strong>La publicit\u00e9 repr\u00e9sente un enjeu majeur des m\u00e9dias. Vous posez la question dans votre livre\u00a0: \u00ab\u00a0on truque des matchs de foot pour de l&rsquo;argent. D\u00e8s lors, pourquoi ne truquerait-on pas l&rsquo;information\u00a0?\u00a0\u00bb. Quelles seraient les r\u00e9percussions de la logique marchande sur l&rsquo;information\u00a0?<\/strong><\/em><br \/>\nLe public est une cible. Comme le veut la formule bien connue de Patrick Le Lay, l&rsquo;ensemble des \u00ab\u00a0consommateurs\u00a0\u00bb est une \u00ab\u00a0marchandise\u00a0\u00bb vendue aux annonceurs. Plus l&rsquo;audience est grande ou sp\u00e9cifique, plus elle vaut de l&rsquo;argent. L&rsquo;int\u00e9r\u00eat de certains annonceurs passe avant l&rsquo;information plus pertinente, m\u00eame sur des sites comme Google (r\u00e9f\u00e9rencement payant, r\u00e9f\u00e9rencement naturel boost\u00e9 par du SEO, etc.).<\/p>\n<p>Pour capter l\u2019attention de ce public, les recettes sont diverses\u00a0: elles portent entre autres le nom de scoop, de \u00ab\u00a0buzz\u00a0\u00bb, de mise en r\u00e9cit\u2026 Certains m\u00e9dias peuvent avoir tendance \u00e0 jouer la carte de la proximit\u00e9 (micro-trottoir, infos locales, identitarismes\u2026) ou de l&rsquo;\u00e9motionnel (mort, crise, trash\u2026) \u00e9galement. Il s&rsquo;agit de strat\u00e9gies parmi d&rsquo;autres qui permettent de rendre les infos les plus digestibles.<\/p>\n<p>Dans un contexte de concurrence extr\u00eame, beaucoup choisissent par ailleurs la comp\u00e9tition dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9, dans le flux d\u2019info. Cela engendre que la production \u00e0 la chaine ne doit pas s&rsquo;arr\u00eater et fournir du neuf au consommateur. Est-ce grave\u00a0? Je dirais que pas n\u00e9cessairement. Cela d\u00e9pend de l\u2019impact sur la qualit\u00e9 de l\u2019information et sur sa bonne compr\u00e9hension par le public\u2026 S\u2019il s\u2019agit de la d\u00e9naturer ou de relayer des donn\u00e9es fausses, l\u00e0, il y a un probl\u00e8me. On touche \u00e0 mon sens \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment primordial de l\u2019information, qui est sa fiabilit\u00e9.<br \/>\nOn peut s\u2019interroger aussi sur le statut du journaliste ou du pigiste dans ce syst\u00e8me (ce qui pr\u00e9occupe pas mal l\u2019Association des journalistes professionnels notamment)&#8230;<\/p>\n<p>En tant que service public, la RTBF est quant \u00e0 elle soumise \u00e0 un contrat de gestion (dont la derni\u00e8re version est entr\u00e9e en vigueur le 1er janvier 2013, ndlr), mais elle re\u00e7oit aussi des fonds de la publicit\u00e9 (ses recettes publicitaires en radio\/TV ne peuvent exc\u00e9der les 30%). Recevoir des fonds de la pub signifie qu\u2019elle aussi doit capter l&rsquo;audience\u00a0et recueillir l&rsquo;attention. L&rsquo;attention est une denr\u00e9e rare, on parle d&rsquo;ailleurs d&rsquo;\u00e9conomie de l&rsquo;attention. Capter l&rsquo;audience est un d\u00e9fi pour les m\u00e9dias (quand bien m\u00eame la totalit\u00e9 des fonds serait issue d\u2019un financement public), d&rsquo;autant plus pour les m\u00e9dias traditionnels. Concr\u00e8tement, si vous prenez les JT belges francophones (qui r\u00e9alisent les audiences maximales en Wallonie), il y a au moins autant de \u00ab\u00a0teasing\u00a0\u00bb sur la RTBF que sur RTL-TVI, la concurrente priv\u00e9e, d\u2019autant plus depuis le relooking qu\u2019il a subi en 2011. A contrario, RTL mise beaucoup sur l\u2019info et sait qu\u2019elle a fort \u00e0 faire \u00e0 ce niveau-l\u00e0, justement parce que la Une dispose de l\u2019\u00e9tiquette \u00ab\u00a0qualitative\u00a0\u00bb dans une certaine opinion populaire. On sait d\u2019ailleurs qu\u2019une grande partie des audiences passe d\u2019un JT \u00e0 l\u2019autre. Il faut faire attention \u00e0 ne pas raisonner en termes d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues, parfois \u00e9cul\u00e9es. Toujours est-il que certaines tendances et que le format m\u00e9diatique peuvent avoir une influence sur la qualit\u00e9 de ce qui est propos\u00e9 aux publics.<\/p>\n<p>Quant au fait de \u00ab\u00a0truquer\u00a0\u00bb l\u2019information, il s\u2019agit surtout d\u2019une question rh\u00e9torique. On sait cependant qu\u2019il y a de grands lobbies et groupes m\u00e9diatiques qui n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 influer sur les contenus. En Belgique, il faut reconnaitre que le syst\u00e8me m\u00e9diatique est relativement libre de ces pressions (cf. le classement RSF de la libert\u00e9 de la presse dans le monde).<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit concernant toutes ces tendances, il serait h\u00e2tif de faire des g\u00e9n\u00e9ralisations \u00e0 tout le syst\u00e8me m\u00e9diatique.<\/p>\n<p><em><strong>Quels en seraient les effets sur l\u2019opinion publique ?<\/strong><\/em><br \/>\nIl est mat\u00e9riellement impossible d&rsquo;informer tout le monde sur tout ce qui se passe partout dans le monde. Il s&rsquo;op\u00e8re n\u00e9cessairement un choix de l&rsquo;information, que l\u2019on peut commenter gr\u00e2ce \u00e0 la notion d\u2019\u00ab\u00a0agenda setting\u00a0\u00bb. Ce choix se fait en fonction de plusieurs contraintes qui \u00e9manent \u00e0 la fois du p\u00f4le \u00e9ditorial et du public. Les m\u00e9dias mettent des th\u00e8mes \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;agenda\u00a0\u00bb\u00a0: c&rsquo;est ce dont les m\u00e9dias vont parler, mais aussi ce dont le public parlera. En ce sens, les m\u00e9dias ne diraient pas tant \u00ab\u00a0quoi penser\u00a0\u00bb mais nous diraient \u00ab\u00a0\u00e0 quoi penser\u00a0\u00bb, ce \u00e0 propos de quoi il est important d\u2019avoir une opinion. Ce qui est dans l&rsquo;agenda des m\u00e9dias, c&rsquo;est ce dont les m\u00e9dias vont parler et vice versa. Souvent, on peut observer \u00e9galement le cheminement inverse\u00a0: ce dont les gens parlent (par exemple, un \u00ab\u00a0buzz\u00a0\u00bb sur Internet) est repris par la presse d\u2019info. C\u2019est la dimension de socialisation des m\u00e9dias, qui prime souvent sur celle d\u2019information.<br \/>\nUne strat\u00e9gie \u00e9ditoriale efficace consiste \u00e0 anticiper les sujets de conversation des gens.<\/p>\n<p><em><strong>Quelles seraient d&rsquo;apr\u00e8s vous les autres strat\u00e9gies pour plaire au public\u00a0?<\/strong> <\/em><br \/>\nIl serait difficile d\u2019en faire une liste exhaustive. Pour plaire au public, il ne faut pas l&rsquo;indisposer dans ses pr\u00e9jug\u00e9s fondamentaux. Les m\u00e9dias pr\u00e9f\u00e8rent \u00e9viter la pol\u00e9mique complexe, si ce n\u2019est pour mettre en sc\u00e8ne du \u00ab\u00a0clash\u00a0\u00bb\u00a0sur des sujets \u00e0 propos desquels l\u2019opinion est polaris\u00e9e. Par contre, en ce qui concerne des remises en cause d\u2019id\u00e9ologies consensuelles ou des th\u00e8mes complexes, il est rare qu\u2019un m\u00e9dia \u00ab\u00a0traditionnel\u00a0\u00bb y fasse droit. Les m\u00e9dias seraient \u00ab\u00a0liss\u00e9s\u00a0\u00bb pour ne pas trop bousculer leur audience, pour la flatter, voire parfois lui permettre de se regarder le nombril. Ils colporteraient ainsi les id\u00e9ologies sociales les plus banalis\u00e9es et surtout simplifi\u00e9es, ainsi que les opinions les plus partag\u00e9es, les plus gros clich\u00e9s. C\u2019est quelque chose que l\u2019on peut d\u00e9plorer \u00e0 mon sens, surtout quand on sait que certaines visions r\u00e9ductrices sont de nature \u00e0 renforcer des crispations ou autres fermetures identitaires&#8230;<\/p>\n<p>A noter que ce n\u2019est pas n\u00e9cessairement une strat\u00e9gie dans la mesure o\u00f9 cela peut se faire de mani\u00e8re tout \u00e0 fait inconsciente\u2026 Ce n&rsquo;est pas incompatible avec la logique de clash et de trash. En r\u00e9alit\u00e9, il s&rsquo;agit de bousculades en surface, sur le mode de l&rsquo;\u00e9motionnel ou de l&rsquo;opinion \u00e0 chaud, et non du fond des choses. C&rsquo;est le micro-trottoir : on en reste \u00e0 des opinions de surface, des personnes qui sont \u00ab\u00a0pour\u00a0\u00bb et d&rsquo;autres \u00ab\u00a0contre\u00a0\u00bb, mais sans traiter n\u00e9cessairement du fond du probl\u00e8me. Pour la presse, la mise en sc\u00e8ne des oppositions peut par contre s&rsquo;av\u00e9rer tr\u00e8s divertissante&#8230;<\/p>\n<p><em><strong>Les gens en seraient-ils vraiment demandeurs ?<\/strong> <\/em><br \/>\nLe postulat est de dire \u00ab\u00a0puisqu&rsquo;ils consomment, c&rsquo;est qu&rsquo;ils sont demandeurs\u00a0\u00bb. Or, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;une personne consomme un produit m\u00e9diatique que ce produit est appr\u00e9ciable qualitativement.<br \/>\nDe nombreuses personnes ont d\u2019ailleurs un discours n\u00e9gatif sur les m\u00e9dias (et \u00e0 la fois, paradoxalement, certains d\u2019entre eux les consomment malgr\u00e9 tout).<\/p>\n<p>Contrairement \u00e0 ce que l\u2019on peut souvent lire ou entendre \u00e0 ce sujet, le t\u00e9l\u00e9spectateur n&rsquo;est pas le r\u00e9cepteur passif qui va adorer \u00eatre pris pour un pur consommateur qu&rsquo;on va ab\u00eatir pour lui vendre son produit (\u00ab\u00a0la masse\u00a0\u00bb, dont ce sont souvent \u00ab\u00a0les autres\u00a0\u00bb qui font partie\u2026). Il y a une critique sociale croissante qui revient aux oreilles des m\u00e9dias, et il y a aussi une demande pour de la qualit\u00e9 et des dossiers de fonds. Des gens sont m\u00eame pr\u00eats \u00e0 payer pour cela, on le voit sur Internet. Je citerais sur ce point un camarade de discussion en ligne Cyrille Franck3 qui dit que pour faire une ligne \u00e9ditoriale, il faut trouver le juste \u00e9quilibre entre les haricots et les bonbons Haribo\u00a0; \u00ab\u00a0entre l\u2019aust\u00e8re plat de haricots \u201cpolitique internationale\u201d et l\u2019indigestion de bonbons Haribo \u201cfaits divers ou people\u201d\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ensuite, il est tout aussi possible de regarder une \u00e9mission dans le simple but de participer \u00e0 la critique sociale de celle-ci. Si les gens continuent de regarder du Nabila, les m\u00e9dias se disent qu&rsquo;ils aiment ca, donc ils en reprogramment. Et \u00e0 la fois, Nabila, c\u2019est le genre de personne qu\u2019on adore d\u00e9tester. Personnellement, je comprends et ne m\u00e9prise pas du tout qu&rsquo;on ait envie de regarder Nabila. Je trouve que certains (pseudo)intellectuels ou analystes sont parfois m\u00e9prisants dans leurs critiques envers les usages m\u00e9diatiques populaires. Une mani\u00e8re de se distinguer, sans aucun doute (on est encore dans la socialisation\u00a0: \u00ab\u00a0je me d\u00e9marque socialement par mes comportements\u00a0\u00bb). Quelqu\u2019un est-il moins intelligent parce qu\u2019il regarde les \u00ab\u00a0Anges de la T\u00e9l\u00e9r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb\u00a0? Cela ne m\u2019emp\u00eache pas d\u2019y voir certaines id\u00e9ologies sociales ou encore de d\u00e9celer des discours et des pratiques dissonantes chez les t\u00e9l\u00e9spectateurs. Pas mal de gens regardent cette \u00e9mission pour la critiquer. Il y en a donc qui s\u2019exposent \u00e0 des contenus tout en les d\u00e9nigrant, pour peu que cela offre de bons sujets de conversation le lendemain.<br \/>\nL\u00e0 encore, information et socialisation sont deux dimensions qui se nourrissent mutuellement.<\/p>\n<p>Pour sortir de cette logique qui pourrait en venir \u00e0 privil\u00e9gier toujours la m\u00eame soupe et \u00e0 formater les go\u00fbts des publics, Cyrille Franck affirme que s&rsquo;il faut donner aux gens ce qu&rsquo;ils veulent, il faut aussi leur donner ce qu&rsquo;ils ne savent pas encore vouloir.<\/p>\n<p><em><strong>Quelle est la place accord\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9ducation aux m\u00e9dias, voire \u00e0 la critique des m\u00e9dias\u00a0?<\/strong><\/em><br \/>\nM\u00eame si elle n&rsquo;est pas assez pr\u00e9sente et pas toujours assez nuanc\u00e9e, la critique a sa place dans les m\u00e9dias. On peut citer par exemple les \u00ab\u00a0snipers\u00a0\u00bb dans l&rsquo;\u00e9mission de Ruquier\u00a0: les m\u00e9dias accordent une place de choix \u00e0 ceux dont le m\u00e9tier est de critiquer, de remettre en cause, de d\u00e9construire (parfois de fa\u00e7on grossi\u00e8re, mais d\u00e9construire tout de m\u00eame).<\/p>\n<p>Il y a des \u00e9missions sp\u00e9cifiques aux m\u00e9dias comme les chroniques \u00ab\u00a0MediaTIC\u00a0\u00bb d\u2019Alain Gerlache ou encore \u00ab\u00a0M\u00e9dialog\u00a0\u00bb de Thierry Bellefroid sur la RTBF (qui reprend le flambeau d&rsquo;Interm\u00e9dias qu&rsquo;il avait h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;Alain Gerlache \u00e9galement).<\/p>\n<p>Les m\u00e9dias mettent aussi en sc\u00e8ne leur propre d\u00e9nonciation. Si on regarde un zapping sur Canal+, le Petit Jounal ou le Grand Journal avec Vincent Glad, on est en plein dans des m\u00e9dias qui montrent des m\u00e9dias, des m\u00e9dias qui se moquent des m\u00e9dias. On peut regretter l&rsquo;inertie et le fait que cela reste au stade de la mise en sc\u00e8ne, et non d\u2019une r\u00e9flexion de fond.<\/p>\n<p>On pourrait tr\u00e8s bien faire un Petit Journal sur le Petit Journal, par exemple. Cette \u00e9mission critique les m\u00e9dias qui parlent tout le temps de la neige en hiver. Mais tous les hivers, le Petit Journal parle des m\u00e9dias qui parlent de la neige en hiver. Il fait son marronnier des autres marronniers\u00a0!<\/p>\n<p>Les m\u00e9dias sont importants en tant que contre-pouvoir (d\u2019o\u00f9 l\u2019importance d\u2019une presse ind\u00e9pendante de pressions politiques, \u00e9conomiques, etc.). Mais ils repr\u00e9sentent d\u00e9sormais un axe de pouvoir en tant que tel (on parle de \u00ab\u00a0quatri\u00e8me pouvoir\u00a0\u00bb). Un pouvoir qui a, lui aussi, des contre-pouvoirs mod\u00e9r\u00e9s, qui peuvent se d\u00e9velopper en tout cas dans une soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique telle que la n\u00f4tre. Je pense aux associations de critique de m\u00e9dias ou d&rsquo;\u00e9ducation aux m\u00e9dias (comme le Gsara ou encore M\u00e9dia Animation), des organismes comme le Conseil Sup\u00e9rieur de l\u2019Education aux M\u00e9dias, des institutions comme le Conseil de D\u00e9ontologie Journalistique (CDJ), le Master en Education aux m\u00e9dias \u00e0 l&rsquo;Ihecs&#8230; Le CSA et l\u2019AJP jouent \u00e9galement un r\u00f4le dans la r\u00e9flexion sur la profession, sur sa r\u00e9gulation et sur une \u00e9ducation \u00e0 son sujet. Sans compter les sites d\u2019info alternatifs en ligne\u00a0! Cela t\u00e9moigne \u00e0 la fois de la sant\u00e9 de notre syst\u00e8me (les gens ont de plus en plus d&rsquo;outils pour se faire leur propre opinion), mais aussi, sans doute, du fait que les m\u00e9dias ne sont pas ou plus suffisamment \u00ab\u00a0\u00e9mancipateurs\u00a0\u00bb (ou du moins plus consid\u00e9r\u00e9s comme tels)\u00a0: un autre \u00ab\u00a0contre-pouvoir\u00a0\u00bb doit prendre le relais.<\/p>\n<p>En France, \u00ab\u00a0@rr\u00eat sur images\u00a0\u00bb et l&rsquo;association \u00ab\u00a0Acrimed\u00a0\u00bb font un bon travail d&rsquo;analyse et de critique de m\u00e9dias, d&rsquo;autant plus qu&rsquo;ils sont transparents avec leurs propres pr\u00e9suppos\u00e9s. En ce qui concerne Acrimed, ils ne se cachent pas d&rsquo;\u00eatre plut\u00f4t h\u00e9ritiers de Bourdieu et de partager des valeurs de gauche.<\/p>\n<p>Pour moi, un enjeu de ce contre-pouvoir incarn\u00e9 par l\u2019\u00e9ducation aux m\u00e9dias est non seulement d\u2019analyser le fonctionnement des m\u00e9dias, mais aussi d\u2019inviter l\u2019usager \u00e0 \u00e9tudier son propre rapport aux m\u00e9dias\u00a0; ses propres attitudes et comportements\u00a0: \u00ab\u00a0o\u00f9 est-ce que je me situe dans ce syst\u00e8me\u00a0?\u00a0\u00bb. En tant que discours sur le r\u00e9el (comme l\u2019info dans les m\u00e9dias\u00a0!), la critique des m\u00e9dias se doit d\u2019\u00eatre r\u00e9flexive, et donc d\u2019\u00eatre vigilante par rapport \u00e0 elle-m\u00eame\u00a0!<\/p>\n<p><strong><em>Ce qui devrait \u00eatre le cas aussi des journalistes..<\/em>.<\/strong><br \/>\nOui je pr\u00e9f\u00e8re de loin les journalistes qui revendiquent leurs opinions et id\u00e9ologies en toute transparence que ceux qui se pr\u00e9tendent neutres et objectifs. Contrairement \u00e0 ce que le dispositif du JT peut laisser croire, l&rsquo;info ne se donne pas \u00e0 voir d&rsquo;elle-m\u00eame, elle se \u00ab\u00a0fabrique\u00a0\u00bb. Selon Florence Aubenas et Miguel Benasayag, auteurs du livre \u00ab\u00a0La fabrication de l&rsquo;information\u00a0\u00bb4, trois id\u00e9ologies sous-tendent cette \u00ab\u00a0fabrication\u00a0\u00bb de l&rsquo;information\u00a0: la \u00ab\u00a0transparence\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la critique spectaculaire du spectacle\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0r\u00e8gne de l&rsquo;opinion\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;influence des m\u00e9dias ne correspondrait pas tant \u00e0 des tentatives conscientes de manipulations qu&rsquo;\u00e0 la perp\u00e9tuation de valeurs et d&rsquo;id\u00e9es re\u00e7ues. Les journalistes ne seraient que les h\u00e9ritiers de tendances largement partag\u00e9es dans le milieu o\u00f9 ils demeurent. Les meilleurs journalistes savent qu&rsquo;ils sont partiaux et t\u00e2chent d&rsquo;en rendre compte humblement. Les autres trompent d\u00e9j\u00e0 leur public, autant qu&rsquo;eux-m\u00eames, s&rsquo;ils baignent dans l&rsquo;id\u00e9ologie d&rsquo;une objectivit\u00e9 dogmatique, se croient le reflet exhaustif et transparent du r\u00e9el et se pr\u00e9sentent comme tels. En p\u00e9dagogie, c\u2019est la m\u00eame chose.<\/p>\n<p>Pour moi, il ne s&rsquo;agit pas de diaboliser la presse et ses pratiques, surtout dans nos contr\u00e9es o\u00f9 il faut bien s\u00fbr rester vigilant, mais o\u00f9 les d\u00e9rives ne sont pas les plus marqu\u00e9es. D&rsquo;ailleurs, on peut dresser un parall\u00e8le avec un \u00ab\u00a0principe\u00a0\u00bb journalistique\u00a0:\u00a0les trains qui arrivent \u00e0 l&rsquo;heure ne font pas l&rsquo;objet d&rsquo;articles, par contre quand ils d\u00e9raillent, cela cr\u00e9e l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Tout comme les trains, la presse d\u00e9raille peut-\u00eatre moins souvent qu&rsquo;elle ne roule correctement, mais personne n&rsquo;en parle. Ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;on parle plus des d\u00e9rives et sophismes des m\u00e9dias et de la presse que ces derniers ne t\u00e2chent pas de respecter une fonction d&rsquo;information. Ce n\u2019est pas parce que l\u2019on constate qu\u2019il y a autre chose que des d\u00e9rives que celles-ci sont tol\u00e9rables, au contraire. Sans doute est-il judicieux de laisser de c\u00f4t\u00e9 les discours trop g\u00e9n\u00e9riques afin de d\u00e9cortiquer ce syst\u00e8me complexe et de se faire une opinion \u00ab\u00a0au cas par cas\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Rencontre avec Julien Lecomte, titulaire d\u2019un Master en information et communication, expert aupr\u00e8s du Csem (2012-2013), auteur du livre \u00ab M\u00e9dias : influence, pouvoir et fiabilit\u00e9\u00a0\u00bb et qui traite notamment d&rsquo;\u00e9ducation aux m\u00e9dias La publicit\u00e9 repr\u00e9sente un enjeu majeur des &hellip; <a href=\"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/?p=10\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-10","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=10"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":106,"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/10\/revisions\/106"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=10"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=10"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.gsara.tv\/irm\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=10"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}