DON QUI CHOQUE

Les bons sentiments peuvent-ils remplacer les bonnes politiques ?

Vous y avez cru ? Rassurez-vous, ce n’est pas encore pour aujourd’hui. Si nous n’en sommes pas encore là, ce scénario fiction pourrait bientôt devenir réalité.

BizBizBoumBoum est une vraie fausse plateforme de crowdfunding

Non sans un zeste d’humour, un grain d’ironie et une pointe d'(im)pertinence, cette campagne de sensibilisation du GSARA en collaboration avec Acteurs des temps Présents, a cherché à susciter la réflexion et l’esprit critique sur la récolte de dons. En cette période d’austérité et de restrictions budgétaires, il serait imaginable de faire appel aux citoyens pour financer la recherche scientifique, l’enseignement, la sécurité sociale, les opérations de sauvetage en mer, les médias publics,… Les collectes de don – opérations caritatives et particulièrement le crowdfunding en plein essor – ne sont pas sans soulever des questions quand nous nous reposons sur les opérations Viva For Life (RTBF) pour lutter contre la pauvreté ou Télévie (RTL-TVI) pour financer la Recherche scientifique, quand Inter-Environnement Wallonie récolte plus de 10.000€ pour améliorer le service ferroviaire, quand un jeune londonien de 29 ans lance une opération de crowdfunding pour sauver la Grèce de la faillite,…

Le financement participatif offre de formidables opportunités : il permet le passage d’une économie de l’offre à une économie de la demande, une démocratisation de la culture et du savoir, il est une alternative (ou un complément) aux méthodes traditionnelles de financement, il s’appuie sur un grand nombre de mécanismes mis en avant par l’écosystème open source de l’internet,… Mais représente-t-il un élan démocratique où le citoyen finance et possède un droit de regard sur les projets à soutenir ou au contraire, une dictature du nombre et un risque de voir défavoriser la diversité et des projets moins vendeurs ? Faut-il remplacer l’impôt par des dons, librement consentis et à la carte, à la collectivité ?

Dans le contexte de politiques de rigueur et d’austérité, n’assistons-nous pas à un transfert progressif de la responsabilité publique sur le dos de donateurs ? Le « civic crowdfunding » est-il un moyen de trouver des recettes complémentaires aux aides en diminution ou sert-il à dédouaner les États de leurs responsabilités ? Les contribuables pourraient vouloir à terme décider de la gestion de leurs contributions au bien commun et préférer des dons aux impôts. Est-il à craindre qu’une charité structurelle et autosuffisante remplace un jour l’idée d’une redistribution sociale par l’État ?

Pourtant, les alternatives existent et reposent sur des bases théoriques de plus en plus largement admises. Redistribuer les richesses par des politiques fiscales progressives  et encourager les investissements publics financés par l’emprunt sont des méthodes efficaces pour relancer l’économie et réduire la dette. En d’autres termes, les bases théoriques pour mener des politiques de justice fiscale, de réduction des inégalités et d’investissement dans la transition socio-écologique existent. Il ne manque plus que les volontés politiques pour les appliquer.

La solidarité plutôt que la charité

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Nous ne critiquons nullement la générosité et l’engagement individuel des citoyens. La générosité et l’engagement de chacun d’entre nous rendent le monde meilleur. Le financement participatif peut être vertueux à condition de :

– Utiliser le financement participatif pour réfléchir et innover tout en laissant les autorités publiques mettre en œuvre sur une plus large échelle les solutions les plus pertinentes. Le financement participatif doit permettre de trouver des façons de coopérer avec les autorités pour soutenir de nouveaux espaces publics, des œuvres d’art, etc. En permettant de créer des liens gouvernementaux appropriés, ils pourraient même être un critère d’évaluation de projets viables.

– Privilégier des projets qui créent du capital communautaire grâce au bénévolat et qui ne cherchent pas seulement à soutirer de l’argent. L’une des promesses du financement participatif est qu’il renforce les quartiers et communautés. Les projets qui encouragent l’activité volontaire aident à renforcer le capital civique local.

– Utiliser plutôt le financement participatif pour exercer des pressions, pour montrer que les gens s’investissent et s’assurer que l’argent des villes, des États et de l’État fédéral pour les transports, les espaces publics ou les arts n’est pas coupé.

Plus généralement, les défis du XXIème siècle ne peuvent être une question de charité individuelle mais plutôt de solidarité collective à travers la sécurité sociale et le financement public de structures d’aide adaptées. La récolte de dons ne peut remédier à des situations qui exigent des réponses structurelles, qui devraient être du ressort de l’État, dans ses fonctions redistributives. La générosité des citoyens est-elle en train de masquer ou de compenser le détricotage des acquis sociaux ? Les bons sentiments ne peuvent à l’avenir remplacer les bonnes politiques.

Décryptage médiatique

Dans le cadre de la campagne « Don qui choque », le GSARA a également réalisé 2 capsules (durée : 5′)  :

– Ice Bucket Challenge : la démonstration du don

Qui n’a pas entendu parler d’Ice Buckett Challenge ? Décryptage de l’opération de charité, de sa mise en scène et des ressorts de son énorme succès sur la toile.

– Télévie & Viva For Life : la mise en scène du don (sortie prévue en décembre 2015)